Pourquoi réintroduire le Vautour fauve ?
  1. Le Vautour fauve nichait autrefois en Provence et les Gorges du Verdon sont toujours un milieu écologiquement très favorable à sa présence. Les réintroductions en France et en Italie ont permis de reconstituer le lien entre les populations européennes, de la Péninsule ibérique aux Balkans, facilitant les échanges et les mélanges entre colonies.

  2. Ce rapace nécrophage strict joue le rôle important d’éboueur de la nature. En effet, il consomme rapidement les charognes et son appareil digestif élimine toutes les bactéries et les virus. Cela limite la propagation des maladies, les sources de pollution et protége ainsi les nappes phréatiques, particulièrement dans les massifs calcaires et perméables tels que les Préalpes du sud.

  3. La présence d’une colonie de vautours fauves favorise le retour d’autres rapaces nécrophages comme le Vautour percnoptère, le Gypaète barbu et le Vautour moine. Cette dernière espèce va d’ailleurs bientôt bénéficier d’une opération de réintroduction dans les Alpes du sud (Baronnies et Verdon).

  4. Cette espèce spectaculaire est facilement observable toute l’année et constitue un outil pédagogique très intéressant pour l’information et la sensibilisation à l’environnement des scolaires et du grand public.

  5. Cette opération de réintroduction constitue un moteur de développement local durable au travers de l’écotourisme, dans un cadre naturel exceptionnel.


Objectifs

Ce programme de réintroduction a pour objectif la recolonisation des Alpes du sud et notamment de la Haute Provence par le Vautour fauve. Il s’est mis en place dans le cadre du collectif Alpes du sud et en liaison avec les autres sites de réintroduction (Baronnies et Vercors/Diois).

A partir des paramètres écologiques de l’espèce et de l’expérience acquise lors des précédentes opérations de réintroduction (Causses, Gorges de la Vis et Baronnies), un tel programme se réalise avec deux sous- objectifs :

  • La fixation d'une colonie de reproduction.
  • L'émancipation alimentaire.


Historique

Suite à la réussite de la réintroduction du Vautour fauve dans les Grands Causses, des projets alpins naissent dans les Baronnies (association Vautours en Baronnies), le Vercors (Parc naturel régional du Vercors), le Luberon (Parc naturel régional du Luberon) et le Verdon (Association Vautour en Haute Provence). Les porteurs de projet se rassemblent au sein d’un collectif Alpes du Sud et une étude de faisabilité évalue les projets. L’association Vautours en Haute Provence (VHP) est créée en 1993 par Jean-Michel TABARD et Pierre MAIGRE. Le "Projet de réintroduction du Vautour fauve Gyps fulvus dans la région naturelle du Verdon" est rédigé l’année suivante. A partir de 1995, VHP se mobilise dans les différentes étapes nécessaires à la réalisation du projet : sensibilisation de la population locale, recherche de terrains et de partenaires techniques et financiers (Office National des Forêts, Parc naturel régional du Verdon, Espaces pour demain), obtention des autorisations administratives (Ministère de l’Environnement, Préfecture des Alpes de Haute Provence), construction des volières sur la commune de Rougon et récupération des premiers vautours en 1997.


photo : Pierre Maigre ©

Afin de soutenir ses activités, VHP sollicite la Ligue pour la Protection des Oiseaux délégation PACA (LPO PACA) qui crée en avril 2000 un poste de chargé de mission Vautours en Verdon pour assurer la pérennité du programme de réintroduction (équarrissage pour l’alimentation des vautours libres et captifs, poursuite des lâchers, suivi de la colonie et de la reproduction, animation et sensibilisation, communication, recherche de financements). En parallèle, l'ONF a recruté un objecteur de conscience spécialement détaché au programme vautours, jusqu'en avril 2002.
En novembre 2002, un second salarié est affecté au programme, afin de soutenir les actions en place et développer de nouveaux projets.
Depuis 2000, pas moins de 30 stagiaires ont participé au programme de réintroduction.


photo : Sylvain Henriquet ©


Technique de réintroduction

Vautour fauve

La technique, développée par le Fonds d’Intervention pour les Rapaces et le Parc national des Cévennes il y a près de 30 ans, consiste à créer une colonie captive à partir de jeunes vautours récupérés dans des centres de soins pour la faune sauvage. Cette captivité doit durer 3 ans afin que les oiseaux établissent des liens entre eux (couples), et soient quasiment adultes au moment du lâcher, ce qui évite de trop grandes dispersions.
Pour être identifiés, tous les oiseaux libérés sont équipés d'une bague muséum, d'une bague en Darvic et d'un émetteur.
Les bagues sont fournies par le Centre de Recherches par le Baguage des Populations d'Oiseaux (CRBPO), laboratoire du Muséum National d'Histoire Naturelle responsable du baguage en France. L'identification de chaque oiseau est obtenue grâce à la lecture de ces bagues par des jumelles ou un télescope.
Les émetteurs, possédant chacun une fréquence propre, permettent un suivi télémétrique à grande distance des oiseaux. Nous pouvons ainsi les localiser et savoir s'ils sont posés ou en vol jusqu'à ce qu'ils perdent la rectrice (plume de la queue) sur laquelle est fixé le dispositif.

photo : Pierre Maigre ©

Vautour moine

Tous les vautours libérés seront équipés de bagues et d’émetteurs (pour les oiseaux relâchés par les volières) en collaboration avec le CRBPO, la Fondation pour la Conservation du Vautour moine et la LPO Grands Causses. Un marquage alaire par décoloration est souhaitable pour faciliter le suivi des oiseaux. Deux méthodes de lâcher, sont utilisées.

La méthode du taquet

Cette technique concerne de jeunes oiseaux nés en captivité dans des parcs zoologiques. A l’âge de 80 - 90 jours, lorsque leur plumage est suffisamment développé pour les protéger des intempéries et qu’ils sont capables de manger seul, ils sont alors placés à deux minimum sur une aire de nidification artificielle (aux dimensions d’une construction naturelle) sur une vire. L’apport de nourriture et d’eau se fait de nuit pour éviter tout contact avec l’être humain. Le site choisi doit être situé sur une zone où évoluent des congénères ou d’autres espèces de vautours et isolé de tout dérangement. La vire doit être suffisamment en hauteur afin de permettre un envol facile. Il est souhaitable qu’il n’y ait pas une végétation dense sous le site afin que les jeunes vautours moines puissent redécoller s’ils échouent lors du premier envol. Pendant toute la durée de leur séjour au nid, les jeunes doivent être surveillés de l’aube au coucher du soleil afin de prévenir tout incident.

La méthode des volières

Elle s’applique à des oiseaux ayant plus d’un an et consiste à garder en captivité des vautours pendant plusieurs mois, au coeur du domaine vital qui sera le leur par la suite. Cette méthode permet de libérer des oiseaux récupérés en difficultés dans les colonies espagnoles. En effet, chaque année, plusieurs individus sont récupérés affaiblis et dénutris, le plus souvent au cours de la période post-envol, notamment en Estrémadure et Andalousie. Ces oiseaux sont soignés en centre de soins spécialisés puis acheminés dans les volières de lâcher du site de réintroduction. Au bout de quelques mois de captivité, les oiseaux à réinsérer en milieu naturel sont isolés dans une volière de pré-lâcher. Après ouverture d’une des trappes, le vautour choisit alors lui-même le moment où il va quitter la volière. L’avantage de cette méthode “rapide” est que les oiseaux connaissent déjà les sensations liées au vol. Leur apprentissage est donc plus rapide.

Les lâchers de vautours fauves

Depuis le 16 octobre 1999, 91 vautours fauves ont été libérés à Rougon. Ces oiseaux sont issus de centres de soins espagnols (Ilundain et Pobla de Benifasa) et français (Beaucens et Hegalaldia).

Années

Libérés

Morts

Remis en volière

Disparus du site

Présents sur
le site fin 2003

1999

12

2

0

2

8

2000

16

6

0

5

5

2001

13

1

0

4

8

2002

10

1

0

2

7

2003

22

0

0

9

13

2004

17

0

0

3

14

2005

1

0

0

0

1

Total

91

10

0

31

56

Le premier lâcher est un événement local rassemblant près de 500 personnes : 12 vautours sont libérés : TUSSET (AEJ), DUDULE (AEG), VERDON (AEC), CANYON (AEL), CASTELLANE (AEE), ROUGON (AEH), PALUD (AEB), MOUSTIERS (AED), TRIGANCE (AEF), AIGUINES (AEI), ROC (AEM), BRAYAL (AEN).


photo : Pierre Maigre ©

Le bilan de la première année de recolonisation se résume par quelques faits et anecdotes : une mortalité en Italie, une disparition, 8 vautours sur 12 effectuent des déplacements vers les Baronnies, un vautour voyage jusqu’en Corse, un autre jusqu’en Allemagne, des vautours exogènes non identifiables et d’autres libérés dans le Vercors et les Baronnies visitent le Verdon. Par ailleurs, le retour naturel du Vautour percnoptère lié à la réintroduction du Vautour fauve se confirme par la présence successive de 2 individus de fin mai à mi-juillet 2000. La situation à la veille du second lâcher est encourageante, 7 vautours sont encore présents et 16 sont prêts à être libérés.

Le second lâcher concernait 16 vautours fauves, tous nés en 1997 : Maline (AEO), Ourbes (AEP), Chasteuil (AER), Encastel (AES), Illoire (AET), Icona (AEU), Robion (AEV), Breis (AEW), Escalès (AEX), Irouelle (AEY), Chanier (AEZ), Canjuers (ATA), Barbin (ATB), Soleils (ATC), Berbéné (ATD), Félines (ATE).

Très rapidement, onze oiseaux sont restés dans le secteur de la Barre de l'Aigle (un groupe de 8 dans le Ravin d'Ouadès et 3 en pied de falaise). Chasteuil (AER) a traversé en rive gauche du Verdon. Encastel (AES) s'est posté sous le Point Sublime, en rive droite du Bau. Illoire (AET) et Irouelle (AEY) se sont posés sur le tunnel de la route départementale entre la falaise des vautours et le Point Sublime. C'est Ourbes (AEP) qui est allé le plus loin en s'éloignant à près de 3 kilomètres des volières.
Les jours suivants, les oiseaux restent sous la Barre de l'Aigle, sous Breis ou vers le pont de Tusset, souvent posés sur des pitons rocheux.
Maline (AEO) est le vautour du second lâcher qui pousse la phase de dispersion la plus loin en allant vers le Jabron (le 14), puis vers le pont de Sautet (le 16) et au pont de Soleils (le 19).
Il faut malheureusement déplorer la première perte concernant ce lâcher. Le 10 octobre, Robion (AEV) est retrouvé mort sur la commune de Rougon, il a percuté la ligne électrique THT 225 kV.
Tous les individus, mis à part Maline (AEO), ont mis 10 jours pour se regrouper aux volières. Il a fallut attendre le 27 octobre pour que les 15 oiseaux soient réunis tous ensemble. Maline a seulement été capté ce jour-ci, soit après 19 jours de liberté. Par la suite, cet oiseau est parti pour l'Italie, où il est retrouvé mort le 22 novembre 2000.

Pas moins de 13 vautours fauves supplémentaires ont été libérés cette année (nés en 1998 ou 1999) : ENC (ATJ), ESTELLIE (ATU), BRANDIS (ATV), MELAOU (ATF), ISSANE (ATG), PRAUX (ATH), AIRE (ATI), FOURNAS (ATL), JABRON (ATM), RAYAUP (ATN), VALS (ATO), CARAJUAN (ATP) et RANCOUMAS (ATW).
Attendant les conditions météorologiques les plus favorables possibles, les volières ont été ouvertes à 13 heures. Ce n’est qu’une heure plus tard que les oiseaux en sortirent. Des observateurs postés en différents endroits pouvaient alors observer leurs évolutions. Comme souvent, c’est vers le fond des gorges que les jumelles se sont tournées. En effet, plutôt malhabiles, nos jeunes vautours ont fini leur premier vol beaucoup plus bas qu’ils ne l’avaient commencé. Il leur faudra environ une semaine avant de maîtriser le vol et ses secrets.
ISSANE (ATG) s'est montré relativement hardi : 2 jours après le lâcher, nous l'avons repéré sur Castellane non loin des Cadières de Brandis. A l'opposé, MELAOU (ATF) a eu plus de difficultés à regagner de l'altitude. Globalement, le retour aux volières s'est effectué pour tous les oiseaux au bout d'une semaine pour les plus débrouillards et deux semaines pour les autres.
Le 8 octobre, nous observons 9 jeunes oiseaux à la curée. Il s'agit de :
ISSANE (ATG), PRAUX (ATH), AIRE (ATI), FOURNAS (ATL), JABRON (ATM), RAYAUP (ATN), VALS (ATO), CARAJUAN (ATP) et RANCOUMAS (ATW).
Le 17 octobre sont observés ENC (ATJ), ESTELLIE (ATU) et BRANDIS (ATV). Enfin, MELAOU (ATF) est observé pour la première fois aux volières le 19 octobre.

L’opération de renforcement de la colonie libre s’est poursuivie avec la libération de 10 vautours nés en 1999 : SAÏGA (TN), BAU (ATR), MESCLA (ATS), BECOULETTE (ATT), OUADES (ATX), ISSIOULE (ATY), TALOIRE (ATZ), LIOUNE (AUA), PIOULET (AUC), EICHARME (AUR).
Grâce à des conditions météorologiques favorables, le ré-apprentissage du vol et l'intégration au groupe existant ont été très rapides, portant la colonie à 36 individus fin octobre 2002.
PHOTO

Gros lâcher avec 22 vautours âgés de 2 et 3 ans :
JURA (BAV), SUECH (AUF), LAUVES (AUG), AREMUS (AUH), AVELAN (AUJ), SINE (AUM), QUELTE (AUN), ROUVIERES (AUO), TEILLON (AUP), DEVENS (AYW), CASSEYERE (AYX), DESTOURBES (AYY), VAUMALE (AYZ), TREVANS (BAA), CADIERE (BAB), CATALAN (BAC), CHIRAN (BAD), REGLES (BAE), CHAMATTE (BAF), VIRADES (BAG), MAIRESTE (AXU), MONTDENIER (AZH)
Depuis l’automne 2001, le lâcher annuel est organisé en collaboration avec les Virades de l’espoir à Rougon, afin de participer à l’effort de solidarité pour récolter des fonds en faveur de la lutte contre la mucoviscidose. Par ailleurs, ce 5ème lâcher était soutenu par l’Union européenne et le Conseil régional dans le cadre du programme de développement territorial Leader + "Autour du Verdon". Nous étions donc fins prêts et n’attendions qu’une météo radieuse pour couronner l’événement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’était pas de la partie.
9h : premier rendez-vous, petite pluie et vent, on se rend aux volières pour nourrir les vautours captifs (les 17 de 2004), déposer 5 cadavres de brebis sur le charnier et ... pas le temps d'ouvrir la volière contenant les 22 oiseaux libérables, une forte averse nous tombe dessus. Du coup, repli au village et attente au chaud le temps du repas en se disant qu'on reporte au lendemain.
15h : la pluie a cessé, la brume s'évapore, le ciel reste couvert, les vautours libres commencent à voler. Les conditions deviennent enfin favorables. De retour aux volières, nous ouvrons le pan de grillage attenant au charnier et nous assistons, foi de "vulturologues", au lâcher le plus original auquel nous auront assisté.
15h15 : à peine le temps de remonter au point d'observation (pour identifier les vautours qui sortent au fur et à mesure qu'ils s'envolent) que les 22 se jettent sur les cadavres les plus proches. Rapidement, le reste de la colonie les rejoint pour participer à la curée et former un môle bruyant de plus de 50 vautours (57 identifiés dans l'après-midi sur 58 possibles). En fin de journée, seuls quatre d'entre eux se sont envolés, retrouvés beaucoup plus bas en pied de falaise. Les 18 autres n’ont pas bougé, préférant sécher et digérer sur place !

En général un lâcher se déroule à l'inverse : les oiseaux peinent à sortir, plutôt effrayés par la volière ouverte qu’attirés par la brebis morte. Quand ils sont dehors, certains mangent, d'autres s'envolent immédiatement et le soir, la plupart d'entre eux se sont envolés et se sont dispersés en contre bas.

Depuis, tous ont réappris à maîtriser les courants d’airs et se sont intégrés à la colonie. Avec la visite de deux juvéniles début octobre (dont un né dans les Baronnies), ce sont soixante vautours qui occupent le ciel des gorges du Verdon de leur majestueux ballets aériens.

Le 6ème lâcher a concerné 17 vautours âgés de 2 ans provenant du centre de sauvegarde de Hegaldia (Pyrénées Atlantiques) : BOUX (BAJ), SAMSON (BAS), TIEYE (BAT), ARTUBY (BAU), TRESCAIRE (BAW), CARELLE (BAX), ESCALES (BAY), GUEGUES (BAZ), MALINE (BEB), IMBUT (BEC), MAUGUE (BED), GALETAS (BJA), MARGES (BJB), GESTES (BJD), BASTIDON (BJE), CHASTILLON (BJF) et MOURRE (BJG).
La volière de lâcher est ouverte en fin de matinée. MOURRE (BJG) sort le premier à 13h51, il se pose sur les rochers du charnier puis se place au bord de la falaise. Il est suivi par GUEGUES (BAZ) à 14h13 et TRESCAIRE (BAW) à 14h17. A 14h18 MARGES (BJB) sort et s’envole immédiatement, il est suivi par 8 vautours qui se dispersent et perdent de l’altitude. De 14h25 à 15h01, 8 autres vautours recouvrent leur liberté. Seul ARTUBY (BAU) reste en volière, il sortira le lendemain à 13h31. Dans les jours suivants, 9 vautours sont identifiés dans le secteur entre Carajuan et le Couloir Samson. Le 15 octobre soit 12 jours après le lâcher, 16 des 17 vautours récemment libérés participent à la curée qui rassemble 78 vautours. Il manque ESCALES (BAY). Le 27 octobre, ils sont tous présents à la curée. Dans l’ensemble, les 3 étapes successives suite à un lâcher (dispersion, réapprentissage du vol, rassemblement) se sont enchaînées très rapidement.

GRAU (AUB) n’a pas pu être libéré à l’automne 2004 en raison d’un problème de croissance des rectrices. Sa liberté lui est rendue le 10 avril 2005. Il s’agit du dernier vautour fauve réintroduit sur le site ce qui marque le terme de la phase technique de réintroduction. Parmi les 13 oiseaux disparus, au moins 8 ont rejoint la colonie des Baronnies et y sont restés. Les vautours libérés en 2004 avaient 2 ans et non 3 ans comme pour les autres lâchers. Ceci explique la forte dispersion courant 2005 et le nombre élevé (11) d’oiseaux absents en fin d’année. Certains d’entre eux seront probablement de retour sur le site au cours de l’année suivante. Au total, les lâchers auront permis de réintroduire 91 vautours fauves subadultes. En fin d’année 2005, 60% étaient présents dans la colonie.


photo : Pierre Maigre ©

Les lâchers de vautours moines

Après plusieurs années de préparation, la réintroduction du Vautour moine dans le Verdon a démarré avec la libération par la méthode du taquet le 20 août 2005 de 2 juvéniles nés en captivité. Par la suite, six autres oiseaux ont été relâchés les années suivantes : quatre par la méthode des volières et deux pour la méthode du taquet. Cette opération est menée par la LPO PACA en collaboration avec la Black Vulture Conservation Foundation (BVCF), les parcs zoologiques européens, les associations “Vautours en Baronnies” et “Vautours en Haute- Provence”. Elle s’inscrit dans Plan National de Restauration du Vautour moine piloté par le Ministère de de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’ Aménagement du Territoire.

Devenir des oiseaux

- Arnhem est un mâle né le 27 mai 2005 au Burgers Zoo de Arnhem (Pays-Bas). Il a été lâché au taquet en 2005. Contrairement à Doué, Arnhem a longuement séjourné sur la vire (34 jours) et s’est envolé le 22 septembre 2005. Dès le 24 septembre, il volait correctement. Il est resté autour du site jusqu’à début octobre, se nourrissant régulièrement sur la vire, parfois en présence d’aigles royaux. Il est observé pour la première fois à Rougon avec les vautours fauves le 31 octobre puis de nouveau sur le site de taquet le 7 novembre. Sans contact jusqu’au 26 novembre où il réapparaît en vol avec les vautours fauves et participe à la curée sur le charnier des volières à Rougon. Nous remarquons qu’il a entre temps perdu sa bague darvic. En 2006, Arnhem fréquente en alternance le Verdon, les Baronnies et le Vercors.

Présence d’Arnhem en 2006 Site
03/01-08/02 Verdon
12/02 Baronnies
13/02-27/03 ?
28/03-21/04 Diois
26/04 Verdon
03-10/05 Diois
12/05-27/06 Verdon
28/06-10/07 ?
11/07 (8h45) Diois
11/07 (17h00)-20/07 Verdon
21/07-16/08 ?
17/08-24/09 Verdon
25/09-16/10 ?
17/10-24/10 Verdon
25/10-08/11 Baronnies -Diois
10-15/11 Verdon
16-27/11 ?
28/11-28/12 Diois


En 2007, Arnhem est dans les Baronnies puis dans le Diois jusqu’au 8 février. Il est de retour à Rougon le 13 février. Très fidèle au site, il est observé régulièrement dans les gorges tout au long de l’année. Il a aussi été identifié en Ubaye (Uvernet-Fours 04) le 16 octobre.
Il a maintenant perdu ses plumes décolorées. Un vautour sans décolorations vu le 26 août 2008 au Col de Crousette - Beuil (06) pourrait être Arnhem (G Autran).

- Doué est un mâle né le 20 mai 2005 au Zoo de Doué-la-Fontaine (Maine et Loire). Il a été lâché au taquet en 2005 en compagnie d’Arnhem. Il s’envole précocement le 25 août alors qu’il n’a que 98 jours. Il apprend tant bien que mal à voler dans le secteur du taquet. Après deux dépôts de nourriture à proximité, qu’il trouve et mange, il effectue son premier gros vol le 19 septembre. Il prend une ascendance, s’élève d’environ 200 m, traverse la vallée du Verdon et disparaît dans un nuage à proximité d’un sommet. Ensuite, il ne sera plus observé et il est probable qu’il n’ait pas trouvé à manger. Malheureusement, il est retrouvé mort le 2 octobre par un randonneur sur la commune d’Aiguines (Var) à 18 km du site de taquet.
Selon le rapport d’autopsie rédigé par Thierry Buronfosse (Centre National d’Informations Toxicologiques Vétérinaires), « Le vautour moine identifié comme MNHN n° TY-3882 est un oiseau mâle immature présentant un état de maigreur (4 kg) et d'amyotrophie avancé ayant reçu 8 projectiles plombés. Ces projectiles ont été tirés plutôt de face avec une orientation sur le côté gauche de l'animal et dans un plan inférieur à celui de l'oiseau. La plupart des plombs sont restés dans le tissu conjonctif sous-cutané laissant imaginer que la percussion a été réalisée avec une faible énergie cinétique (distance de tir éloignée). Aucun de ces plombs n'a apparemment porté de coup mortel mais deux d'entre eux (plomb n°2 et 3) ont occasionné des dommages tissulaires invalidant pour l'oiseau ne lui permettant pas de reprendre une activité de vol et de prospection normale, surtout chez un animal inexpérimenté et fortement débilité. »
Il s’agit du premier cas de tir de Vautour moine en France depuis son retour grâce à la réintroduction dans les Causses puis les Alpes (Baronnies et Verdon). La LPO PACA et le parc zoologique de Doué la Fontaine ont porté plainte contre X pour cet acte de destruction délibéré.
Radiographie de la tête et du cou de DOUE (CNITV-LDV69)

- Wupper est une femelle née au Zoo de Wuppertal en 2005 le 12 avril 2005. Plus âgée que Doué et Arnhem, elle n’a pas pu être libérée au taquet avec eux et a été placée en volière.
Libérée le 29 octobre 2006, elle sort de la volière le 31 octobre. N’ayant jamais volé en nature, elle se retrouve assez bas sous la falaise des volières. Elle arrive à reprendre de l’altitude le 1er novembre et poursuit son apprentissage sous un vent soutenu qui la décale progressivement vers l’ouest.
Le 3 novembre en fin de matinée, elle s’élève suffisamment haut, passe derrière une crête à 1700 m et disparaît jusqu’au 7 novembre où elle nous est signalée sur la place du village d’Estoublon (04), à 25 km de Rougon à l’ouest. Son manque d’expérience du vol et les risques de collision et d’électrocution (proximité d’une route et d’une ligne électrique à moyenne tension) nous incitent à la capturer et la replacer en volière pour un lâcher ultérieur.
Elle est lâchée de nouveau le 12 décembre 2007. Wupper a malheureusement été retrouvée morte le 25 janvier 2008 à Rougon, la cause de sa mort est inconnue.
Wupper posée dans un champ vers Estoublon (V Coirié – LPO PACA)

- Hornos, mâle né en Estrémadure en 2003 ou 2004 provient du Centro de recuperación « Los Hornos » - Sierra de Fuentes à proximité de Caceres. Libéré avec Wupper le 29 octobre 2006. Il sort aussi de la volière 2 jours plus tard. Rapidement, Hornos vole aisément grâce au fort vent d’ouest. Ensuite, il est présent très régulièrement à Rougon jusqu’au 12 mai 2007. Il est ensuite identifié dans les Alpes Maritimes à Caussols le 13 mai (J-P Siblet), à Gilette le 17 (M Belaud) et à Cipières 19 mai (M Jardin, B Albarelli, J Renet, C Delhaye, D Magne, O & M Gerriet). Il a ensuite disparu.

- Alcyone, mâle né en Estrémadure en 2003 ou 2004 (Centro de recuperación « Los Hornos » - Sierra de Fuentes) a été libéré le 12 décembre 2007. Il fréquente régulièrement le site jusqu’au 3 juillet (V Roustang). Le 9 juillet, il est en vol avec Stéhéline au Vallon de Roya à St Etienne de Tinée (06) (J-C Piques). De mi juillet à fin août, les agents du Parc National du Mercantour (M Bensa, C Girardon, J-L Pardi, L Martin-Dhermont, M Panneton, C Bottau) et un berger (A Chabot) l’observent régulièrement dans le Haut-Verdon sur Colmars (04), Entraunes (06) et Allos (04). Entretemps, il fait une courte visite à Rougon le 16 août (S Henriquet, V Roustang). Le 29 août, il participe avec les vautours fauves et un jeune gypaète à une curée sur un cadavre de chamois vers le lac d'Allos (L Martin-Dhermont, C Girardon - PN Mercantour). Le 3 octobre, il est noté à Rougon (G Berger). Après 5 semaines d’absence, il est de nouveau observé à Rougon depuis le 16 novembre (G Berger, S Henriquet).

- Stéhélineest une femelle originaire d’Estrémadure (Centro de recuperación « Los Hornos » - Sierra de Fuentes) née en 2003 ou 2004 et libéré le 12 décembre 2007. Elle fréquente régulièrement le site jusqu’au 7 juillet (V Roustang). Le 9 juillet, elle est avec Alcyone à Saint-Etienne de Tinée (06), puis du 12 au 16 août à Rougon et le 14 septembre dans le Grand canyon (la Palud/Verdon-04, M Jaussaud). Après deux mois d’absence, Stéhéline est de nouveau observée à Rougon depuis le 19 novembre (G Berger, S Henriquet).

- Jean est un mâle né le 12 mai 2008 au zoo de Planckendael (Belgique). Il a été lâché au taquet le 2 août 2008 et s’est envolé le 31 août à l’âge de 112 jours. Il a été observé la première fois aux volières de Rougon le 27 septembre et il a participé le 22 octobre à une curée avec 76 vautours fauves. Depuis, il est observé régulièrement.

- Julia est une femelle née le 15 mai 2008 au zoo de Planckendael (Belgique). Elle a été lâchée au taquet avec Jean le 2 août 2008 et s’est envolée le 8 septembre à l’âge de 118 jours. Elle a été observée la première fois aux volières de Rougon le 7 octobre et a participé le 22 octobre à une curée avec 76 vautours fauves. Depuis, elle est observée régulièrement.

- Jason est un mâle originaire d’Estrémadure (Centro de recuperación « Los Hornos » - Sierra de Fuentes). Son année de naissance n’est pas connue. Il a été libéré le 7 décembre 2008.

- Morio est un mâle originaire d’Estrémadure (Centro de recuperación « Los Hornos » - Sierra de Fuentes) né en 2005 ou 2006. Il a été libéré le 7 décembre 2008.

- Thécla est une femelle originaire d’Estrémadure (Centro de recuperación « Los Hornos » - Sierra de Fuentes). Son année de naissance n’est pas connue. Elle a été libérée le 7 décembre 2008.